Justice à géométrie variable : quand la liberté provisoire devient un privilège et non un droit

Au Sénégal, la justice est censée être rendue au nom du peuple, dans l’équité, l’impartialité et l’égalité devant la loi. Pourtant, certaines situations récentes interrogent profondément l’opinion publique et nourrissent un malaise grandissant face à ce qui apparaît comme un poids deux mesures dans le traitement des dossiers judiciaires.
Le cas de Mame Bintou Diaby en est l’illustration la plus frappante. Après six mois de détention, elle n’a toujours pas été entendue par le juge d’instruction sur le fond de son dossier. Pourtant, elle a bénéficié d’une liberté provisoire, accordée sur la base de la production d’un dossier médical. Une décision qui, en soi, peut se comprendre au nom de l’humanisme et du respect de la dignité humaine.
Mais cette clémence contraste violemment avec le sort réservé à d’autres détenus.
Farba Ngom, incarcéré depuis près de vingt mois, demeure toujours confiné au pavillon spécial. Plus troublant encore : le juge d’instruction du pool financier avait lui-même demandé une expertise médicale pour évaluer son état de santé. Malgré cela, toutes ses tentatives répétées de mise en liberté provisoire ont été systématiquement rejetées, le maintenant derrière les barreaux dans des conditions qui interrogent.
Le même schéma se répète avec Khadim Ba de Locafrique, dont l’état de santé s’est gravement détérioré. Souffrant de problèmes pulmonaires sérieux, il a dû subir une intervention chirurgicale avant d’être transféré à l’hôpital Fann. Là encore, la gravité médicale n’a pas suffi à ouvrir la porte d’une liberté provisoire.
Plus alarmant encore, Maodo Malick, contraint de respirer sous oxygène à l’aide d’un masque, continue de subir la rigueur de la détention malgré un état de santé manifestement critique.
Une justice qui divise au lieu de rassembler
Ces situations, mises bout à bout, posent une question simple mais fondamentale :
La justice sénégalaise applique-t-elle les mêmes critères à tous ?
Lorsqu’un dossier médical ouvre les portes de la liberté à certains, mais reste sans effet pour d’autres dans des situations sanitaires parfois plus graves, le doute s’installe. Et avec lui, le sentiment dangereux que la justice pourrait être sélective, influencée ou à tout le moins incohérente.
Nous ne contestons ni les décisions de justice ni l’indépendance des magistrats. Mais nous dénonçons fermement cette apparence de traitement différencié qui fragilise la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
La liberté provisoire n’est pas une faveur. C’est un droit encadré par la loi, qui doit être appliqué avec les mêmes critères, sans distinction de statut, de nom ou de perception publique.
Pour une justice égale, humaine et crédible
Une justice respectée est une justice équitable.
Une justice forte est une justice cohérente.
Une justice républicaine est une justice qui ne choisit pas ses justiciables.
Face à ces cas troublants, il est urgent que la lumière soit faite, que les critères soient clarifiés et que l’égalité devant la loi cesse d’être un slogan pour redevenir une réalité vécue par tous.
Car à force de deux poids deux mesures, c’est la crédibilité même de la justice qui vacille et avec elle, l’un des piliers essentiels de notre République.

La Rédaction de Sénégal Infos

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