Procès de l’assassinat de Samuel Paty: le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui nie sa responsabilité
Au procès de l’assassinat de Samuel Paty, un quatrième accusé était interrogé ce mardi 3 décembre par la cour d’assises spéciale de Paris. Abdelhakim Sefrioui, 65 ans, est mis en cause pour avoir élaboré une vidéo ciblant Samuel Paty. D’un ton assuré, parfois directif, Abdelhakim Sefrioui a donné du fil à retordre à la cour qui tente, depuis le début du procès, de mieux cerner ce personnage nébuleux.
« Si ma vidéo n’avait pas existé, ça n’aurait rien changé » au sort de Samuel Paty, s’est défendu mardi 3 décembre le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, jugé pour avoir participé à une campagne de haine contre le professeur, mort décapité en octobre 2020 par un jeune islamiste tchétchène. L’accusation a tenté par tous les moyens de se mettre dans la tête d’Abdelhakim Sefrioui. Puisqu’aucune preuve n’existe que le terroriste Abdullah Kanzorov ait visionné sa vidéo dénonçant les agissements de Samuel Paty, les avocats des parties civiles tentent de débusquer une quelconque intention que le clip ait tout de même été diffusé, dans l’espoir que quelqu’un fasse du mal au professeur.
Mais l’accusé ne se laisse pas avoir si facilement. Il retourne les questions, se lance dans de longues diatribes, comme le rapporte Amélie Beaucour, du service France de RFI. « Avez-vous été imam ? Appartenez-vous à un courant islamiste ? Êtes-vous un homme violent ? Que pensez-vous du délit de blasphème ? » Lorsque les témoignages, les publications et les messages qui figurent au dossier vont dans un sens, Abdelhakim Sefrioui va systématiquement dans l’autre. Ce sera sa parole contre celle de tous les autres.
« Un malade a tué le professeur »
« Avez-vous contribué à désigner Samuel Paty comme une cible avec votre vidéo ? », tente le président Franck Zientara auprès d’Abdelhakim Sefrioui. « Non », répond l’accusé. Mais, le président insiste : « On a parlé d’enchaînement causal. Vous estimez donc n’avoir aucune responsabilité dans la chaîne de responsabilité ? » « Je ne suis pas dans la chaîne. Du tout. C’est un événement à part qui n’a rien à voir avec la chaîne », se défend le prédicateur. La vidéo a été vue par au moins 13 000 personnes, a révélé l’enquête.
L’accusé réaffirme qu’il n’a aucun lien avec les réseaux terroristes. « Un malade a tué le professeur », lira-t-on dans ses conversations avec ses proches après l’attentat, preuve pour son avocate qu’il est, lui aussi, sous le choc. À 20h30 (heure de Paris), sa défense pose sa dernière question : « Vous avez fui le Maroc pour la France, car vous teniez à la liberté d’expression. Croyez-vous en la justice de votre pays ? » « Oui, sinon je ne serai pas là, conclut-il. J’attends ce moment depuis quatre ans. J’attends qu’elle me lave de ce qui a entaché ma vie. »
Poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste, Abdelhakim Sefrioui encourt trente ans de prison, comme Brahim Chnina entendu par la justice le 2 décembre et à qui l’on reproche d’avoir diffusé des vidéos et des messages désignant le professeur d’histoire géographie de sa fille comme une cible.
La rédaction sénégalinfo.sn
