Quand les “géants” marchent libres et que Moustapha Diop croupit encore en prison**
Il y a, dans les arcanes de la République, des scènes qui défient la logique, la morale et même l’entendement. Le Sénégal moderne, pourtant avide de rupture et de justice, donne parfois l’image d’un bal masqué où les rôles sont inversés, où les acteurs puissants se dérobent dans les ombres pendant que les faibles, ou ceux considérés comme tels, servent de trophée sacrificiel à la vindicte institutionnelle.
Les chiffres sont connus, publics, gravés dans le marbre du rapport de la Cour des comptes. Ils planent comme un nuage dense au-dessus de notre conscience collective :
• 570 millions au ministère du Commerce sous Aminata Assome Diatta.
• 800 millions au ministère des Mines et de la Géologie sous Sophie Gladima et Oumar Sarr.
• 299 millions au ministère de la Microfinance sous Zahra Iyane Thiam.
• 73 millions au ministère de la Fonction publique avec Mariama Sarr.
• 315 millions au ministère de l’Habitat sous Abdoulaye Seydou Sow.
• 17 milliards à l’AGPBE sous Yaya Abdou Kane.
• 72 millions à l’ANPEJ sous Tamsir Faye.
Tous ces montants colossaux, révélés par l’institution suprême de contrôle financier, n’ont rien à voir avec le COVID-19. Et pourtant…
Dans cette liste vertigineuse, dans cette mosaïque de milliards et de millions qui se baladent comme des feuilles mortes au vent, une question plane, lourde, insistante, dérangeante :
Pourquoi Moustapha Diop est-il encore en prison ?
Le paradoxe sénégalais : les géants dehors, l’agneau dedans
Dans un pays où la demande de justice véritable monte chaque jour comme une marée, il est stupéfiant, voire choquant, de constater que Moustapha Diop, ancien ministre et maire, demeure enfermé pour des sommes et des faits qui, comparés à l’ampleur des montants cités dans le rapport, relèvent presque de la poussière administrative.
Personne ne plaide l’impunité. Personne ne dit qu’il ne faut pas rendre des comptes.
Mais où est l’équilibre ? Où est la cohérence ? Où est l’équité ?
Comment comprendre que certains soient interpellés, incarcérés, poursuivis avec une vigueur implacable, pendant que d’autres – épinglés par des organes officiels – continuent de circuler, de parler, de manœuvrer, comme si de rien n’était ?
Le Sénégal mérite mieux qu’une justice à géométrie variable.
Il mérite mieux que des procédures sélectives qui fragilisent la confiance du peuple.
Il mérite mieux que des symboles sacrifiés pour apaiser des colères pendant que les véritables failles demeurent béantes.
Moustapha Diop : un cas devenu symbole
Aujourd’hui, Moustapha Diop n’est plus seulement un détenu.
Il est le miroir d’un système qui vacille, d’une justice perçue comme à deux vitesses, d’un pays où l’émotion l’emporte parfois sur la rigueur, et où la sélectivité jette une ombre sur les institutions.
Sa situation soulève une interrogation simple, mais fondamentale :
Pourquoi lui… et pas les autres ?
Pourquoi l’État, qui dispose d’un rapport clair, détaillé, chiffré, n’a-t-il pas appliqué la même célérité, le même zèle, la même intransigeance à tous les cas cités ?
Est-ce la loi qui parle ?
Ou bien les rapports de force ?
Les calculs politiques ?
Les silences complices ?
Le peuple observe.
Le peuple comprend.
Le peuple attend.
Le Sénégal de la rupture ne peut pas commencer avec une injustice
Si la nouvelle ère politique veut vraiment incarner l’espoir, la transparence et la refondation morale annoncée, alors il ne peut y avoir de prisonniers oubliés, de dossiers déséquilibrés, de châtiments appliqués selon la taille de la personne et non la gravité du fait.
Libérer Moustapha Diop ou, à tout le moins, réexaminer son dossier avec impartialité, ce n’est pas favoriser un homme :
c’est restaurer la justice.
C’est rétablir la cohérence.
C’est rappeler que la République ne punit pas les uns pour protéger les autres.
Car la vraie rupture commence lorsqu’on éteint le bal de l’impunité et qu’on allume la lumière de l’équité.
Et dans cette lumière, une question demeure, brûlante, incontournable :
Comment expliquer que Moustapha Diop soit toujours derrière les barreaux alors que ceux épinglés pour des milliards marchent libres dans les couloirs de la République ?
La rédaction de Sénégal Infos
