Grâce présidentielle brisée : Diomaye Faye face à la colère des oubliés des prisons

Pour la première fois depuis l’accession du Sénégal à l’indépendance, le rituel républicain de la grâce présidentielle n’a pas eu lieu. Une rupture lourde de symboles, un silence d’État qui résonne aujourd’hui derrière les murs des prisons. Le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a dérogé à une tradition ancrée dans l’histoire institutionnelle du pays, suscitant une onde de choc parmi les détenus et leurs familles.
Dans les établissements pénitentiaires, l’incompréhension s’est muée en colère. Des lettres ont été adressées aux ambassades, aux organisations de défense des droits humains, pour dénoncer ce qui est perçu comme un déni de reconnaissance et un manque de respect envers ceux qui espéraient, comme chaque année, un geste d’apaisement et d’humanité. La grâce présidentielle, au-delà de l’acte juridique, a toujours été vécue comme un signal de clémence, une respiration républicaine.
La déception est d’autant plus vive que le Chef de l’État est un ancien détenu. Beaucoup attendaient de lui une sensibilité particulière, la posture d’un premier avocat des sans-voix, capable de traduire une expérience personnelle en réforme morale. À leurs yeux, l’absence de grâce n’est pas une simple décision administrative : elle prend l’allure d’une rupture morale, d’un rendez-vous manqué entre l’histoire intime du Président et l’espérance collective des prisons.
Certains soutiens du pouvoir invoquent la fermeté de l’État de droit et la volonté de rompre avec les automatismes. Mais la rue carcérale répond par une autre lecture : la justice sans miséricorde n’apaise pas, et l’autorité sans geste symbolique creuse la distance entre gouvernants et gouvernés. Dans un pays où la tradition a souvent servi de pont entre la loi et l’humanité, l’absence de ce pont interroge.
Aujourd’hui, la balle est dans le camp du sommet de l’État. Au-delà des textes, c’est la parole politique qui est attendue, pour expliquer, rassurer, réparer peut-être. Car une République se mesure aussi à sa capacité d’entendre ceux qu’elle enferme. Et l’histoire retiendra si ce choix fut un acte fondateur… ou une fracture durable

La Rédaction de Sénégal Infos

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