Gambie, Sénégal… Ces nouveaux pays davantage empruntés par les migrants africains pour rejoindre l’Europe

Moins d’arrivées, mais des traversées plus périlleuses. Selon les dernières données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le renforcement des contrôles migratoires au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal contribue à modifier les routes empruntées depuis l’Afrique de l’Ouest. Les points de départ se déplacent désormais plus au sud, notamment vers la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau.

Au premier semestre 2026, 4.566 ressortissants du Mali, du Sénégal, de Guinée et de Gambie ont rejoint l’Europe par voie maritime, soit baisse du 59% par rapport à la même période en 2025. Un recul qui ne signifie pas pour autant la fin des tentatives de traversée: les candidats à l’exil empruntent des itinéraires plus long et, souvent, plus dangereux.

La Gambie, nouvelle porte vers l’Europe

Située sur la côte atlantique et presque entièrement enclavée dans le Sénégal, la Gambie occupe une place grandissante dans les itinéraires empruntés pour rejoindre les îles Canaries, archipel espagnol situé au large des côtes africaines.

La multiplication des contrôles le long des côtes marocaines, mauritaniennes et sénégalaises contribue à repousser les départs vers des zones plus méridionales. D’après l’OIM, certaines traversées s’allongent ainsi de 750 kilomètres, pour atteindre jusqu’à 2.200 kilomètres. Cette évolution concerne des migrants originaires de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, qui transitent par la Gambie avant de tenter de rejoindre l’Espagne.

Le 31 mai 2026, les garde-côtes mauritaniens ont ainsi intercepté une embarcation partie de Gambie avec, à son bord, 223 personnes. Parmi elles figuraient des ressortissants sénégalais, gambiens, guinéens, burkinabè, nigérians et ivoiriens, selon l’Agence de presse africaine (APA).

Plus récemment, le 20 octobre, 171 migrants ont été secourus après l’échouement de leur pirogue à Gandiol, dans le nord du Sénégal. Partie des côtes gambiennes cinq jours plus tôt, l’embarcation devait rejoindre l’Espagne, selon les premiers éléments de l’enquête rapportés par APA.

Traversées plus longues et plus meurtrières

Des trajets qui s’allongent, et des risques qui s’aggravent. En s’éloignant des points de départ traditionnels, les embarcations passent davantage de temps en haute mer, où les risques de panne de moteur, de déshydratation et de naufrage augmentent.

Le 3 septembre dernier, une pirogue partie des côtes gambiennes a été retrouvée au sud des Canaries après près de quatre semaines de dérive. Sur les 128 personnes qui auraient embarqué, seules 45 auraient survécu, selon la plateforme de sensibilisation sur la migration clandestine « Sur les traces du migrant ». Plus de 80 personnes auraient péri, dont un nourrisson.

Un drame témoigne d’un paradoxe relevé par l’OIM: malgré la forte diminution des arrivées, le bilan humain reste particulièrement lourd sur la route atlantique. Entre 2024 et 2025, les arrivées aux Canaries ont chuté de 62%.

Sur la même période, le nombre de morts et de disparus en mer n’a diminué que de 4%, passant de 1.215 à 1.172 personnes. Autrement dit, la diminution du nombre de migrants atteignant les côtes européennes ne s’accompagne pas d’une baisse comparable du nombre de victimes.

Des réseaux de passeurs qui s’adaptent aux contrôles

Le déplacement des routes migratoires s’accompagne également d’une réorganisation des réseaux de passeurs, désormais actifs sur des itinéraires traversant plusieurs pays. Début octobre, les autorités sénégalaises ont annoncé le démantèlement d’un réseau présumé de trafic de migrants opérant entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Selon les éléments de l’enquête relayés par APA, près de 190 personnes auraient été recensées pour un départ clandestin vers les Canaries. Environ 140 d’entre elles auraient été rassemblées dans un appartement en Gambie, avant leur transfert prévu vers le Sénégal.

Des opérations qui montrent la dimension transfrontalière de l’organisation des traversées. Elles soulignent aussi les difficultés à endiguer les départs par les seuls contrôles migratoires. « Une baisse du nombre d’arrivées à un endroit donné ne signifie pas que les pressions ont disparu », souligne Amy Pope, directrice générale de l’OIM. « Souvent, elles se déplacent simplement vers d’autres itinéraires. »

L’organisation appelle à renforcer la coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination, ainsi qu’à développer des voies de migration sûres et régulières. « Aucun pays ne peut résoudre ce problème à lui seul », insiste sa directrice générale.

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