Blocage de la DAF : Le naufrage numérique du Sénégal et le silence coupable des autorités Par Ibrahima Aliou SOW
C’est un black-out qui ne dit pas son nom. Depuis plus d’un mois, le cœur de l’état civil sénégalais a cessé de battre. À la Direction de l’Automatisation des Fichiers (DAF), les machines sont muettes, les écrans sont noirs, et les espoirs de milliers de citoyens sont en suspens. Derrière le laconique communiqué de suspension des inscriptions, se cache une réalité bien plus sombre : une cyberattaque d’envergure, des milliards de données personnelles livrées à la nature, et surtout, un silence radio des autorités qui frise le mépris.
L’impossible plan B : Un amateurisme d’État ?
Comment un pays qui ambitionne l’émergence numérique peut-il se retrouver ainsi à genoux ? Pour les experts, le diagnostic est sans appel. « Dans un système sérieux, le service public ne s’arrête jamais », s’indigne un spécialiste du secteur. Pourquoi n’y a-t-il pas de site de secours (miroir) ? Pourquoi aucune banque de sauvegarde n’a pris le relais de manière automatisée ?
Le constat est amer : le Sénégal semble naviguer à vue dans le cyberespace. Plus grave encore, le rôle du fournisseur d’accès, la Sonatel, est pointé du doigt. Sur quelle ligne circulent nos données ? Quel est le niveau de sécurité réel de nos tuyaux numériques ? Tant de questions sans réponse, pendant que le comité de crise, lui, brille par son absence.
À qui profite le « crime » ? L’ombre de la dette malaisienne
Dans les couloirs de l’enquête, une question revient en boucle : à qui profite ce chaos ? Si la piste de hackers marocains — une hypothèse de « vengeance » après la finale de la CAN — circule, une autre piste, bien plus concrète, mène tout droit en Malaisie.
Selon nos informations, un bras de fer financier opposerait l’État du Sénégal à la compagnie IRIS Corporation, le géant malaisien qui a conçu nos cartes d’identité. Des factures impayées par milliards se seraient accumulées. Dès lors, le piratage est-il une simple faille technique ou la conséquence d’un désengagement du prestataire étranger ? Une chose est sûre : le calendrier, lui, n’est pas neutre. À l’approche des élections locales de 2027, le blocage des inscriptions alimente déjà les théories de report. Un « bug » qui tombe à pic pour certains ?
Des vies brisées sur l’autel du silence
Mais au-delà de la géopolitique et des factures, il y a la douleur des Sénégalais. Celle de Moustapha Niane, ce père de famille expatrié, dont le fils risque de perdre une année d’études en Europe faute de pouvoir renouveler son précieux sésame. « C’est vraiment désolant, cette opportunité se referme dans une semaine », confie-t-il, la voix nouée.
À la DAF, sous le sceau de l’anonymat, un agent nous glisse que la situation serait « sous contrôle » et que tout reviendrait à la normale d’ici une semaine. Une promesse qui sonne creux face au silence de marbre des hautes autorités.
Le Sénégal n’a pas seulement perdu le contrôle de ses données ; il semble avoir perdu le respect dû à ses citoyens. Jusqu’à quand ?
La rédaction Sénégalinfo.sn
