LE SECTEUR PRIVÉ TIRE LA SONNETTE D’ALARME
L’acteur économique sénégalais est fatigué
En marge de la tournée économique présidentielle dans le nord du pays, notamment à Saint-Louis et à la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), le président du Conseil national des chefs d’entreprise du Sénégal a livré une intervention directe et sans détour sur l’état de l’économie nationale et la situation du secteur privé.
Rappelant que le Sénégal compte 14 régions, 46 départements et 557 communes, il estime que la visite du chef de l’État dans le nord est normale. Toutefois, il insiste sur le fait que toutes les régions doivent être traitées avec la même priorité économique, car les difficultés sont nationales.
« Aujourd’hui, le chef d’entreprise sénégalais est fatigué », affirme-t-il.
Un environnement économique jugé non rassurant
Selon lui, l’acteur économique sénégalais ne peut plus créer de richesse, ni d’emplois, ni de valeur ajoutée.
Les raisons évoquées sont claires dans son intervention :
un environnement des affaires peu attractif,
un manque d’accompagnement,
des difficultés d’accès au financement,
une absence de potentiel financier réel pour les entreprises.
Il souligne que, malgré les annonces, le cadre de concertation entre l’État et le secteur privé est resté bloqué depuis 14 mois, alors que certains problèmes persistent depuis plus de 15 ans, notamment au niveau des chambres de commerce et de l’exécution des décisions de justice.
Des chaînes de valeur en difficulté
Le président du Conseil national des chefs d’entreprise explique que ces blocages affectent toute la chaîne de valeur :
baisse des importations de matériaux,
recul de l’activité commerciale,
diminution des recettes douanières,
affaiblissement des caisses de l’État.
« Quand on met l’acteur économique en difficulté, tout le système est en difficulté », souligne-t-il.
Agriculture, transformation et transport comme priorités
Dans son intervention, il insiste sur la nécessité de recentrer les priorités nationales sur :
l’agriculture,
la transformation locale,
le transport terrestre, maritime, ferroviaire et aérien,
l’éducation, la santé et les nouvelles technologies.
Il rappelle que le Sénégal dispose du potentiel pour atteindre l’autosuffisance, notamment dans l’agriculture et l’élevage, mais que cela nécessite une vision claire et un accompagnement réel du secteur privé.
Appel à une diplomatie économique
S’appuyant sur des exemples internationaux, il évoque la diplomatie économique menée par des pays comme la Chine, la Turquie ou le Maroc, où l’État soutient activement ses entreprises, favorise la transformation locale et protège les intérêts nationaux.
Il dénonce également :
la lourdeur administrative,
la centralisation excessive des décisions,
le coût très élevé de l’électricité, qu’il considère comme un frein majeur à l’industrialisation.
« Il faut des actes économiques forts »
En conclusion, le président du Conseil national des chefs d’entreprise appelle à :
des réformes concrètes,
une administration modernisée et dématérialisée,
un véritable partenariat entre l’État et le secteur privé.
« Le Sénégal a le potentiel. Mais sans actes économiques forts, l’acteur économique restera bloqué », prévient-il.
La Rédaction senegalinfo.sn
