Depuis sa nomination comme Premier ministre en avril 2024, Ousmane Sonko incarne une nouvelle ère au Sénégal, portée par un discours de rupture, une exigence de transparence et un repositionnement du pays dans l’espace ouest-africain. À travers ses réformes internes et ses visites diplomatiques, il trace les contours d’un leadership africain décomplexé et centré sur la souveraineté.
Une diplomatie régionale tournée vers la solidarité africaine
Ousmane Sonko n’a pas attendu longtemps pour marquer le pas sur le plan régional. En moins de six mois, il s’est rendu au Mali, au Burkina Faso et récemment en Guinée, consolidant des liens avec les régimes de transition militaires de la sous-région, souvent mis au ban par la CEDEAO.
Sonko y prône une nouvelle forme de coopération sud-sud, libérée des injonctions extérieures, notamment celles des anciennes puissances coloniales. À Ouagadougou comme à Bamako, il a exprimé sa volonté de « bâtir une souveraineté partagée, fondée sur le respect mutuel, la solidarité économique et la défense des intérêts africains ».
Cette stratégie de rapprochement avec les régimes dits « anti-système » lui vaut à la fois des critiques en interne et l’admiration de nombreux jeunes Africains qui voient en lui un symbole du panafricanisme moderne.
La reddition des comptes : une promesse tenue
Sur le plan intérieur, la reddition des comptes est au cœur de l’agenda de Sonko. Depuis son arrivée à la Primature, plusieurs audits ont été lancés, notamment dans les domaines de la gestion foncière, des contrats miniers, du secteur de la santé et de l’éducation.
L’affaire des « fonds politiques » et celle des baux de l’État font déjà l’objet d’enquêtes, et Sonko a assuré que « aucun ancien ou actuel responsable ne sera épargné, quel que soit son rang ». Cette posture marque un tournant dans la vie politique sénégalaise, où l’impunité a souvent protégé les élites sortantes.
Sonko a également annoncé la création d’un tribunal spécial pour les crimes économiques, en collaboration avec le ministère de la Justice, renforçant ainsi la dimension institutionnelle de la lutte contre la corruption.
Un discours de rupture adossé à des actes
Dans son discours de politique générale, Sonko a affirmé vouloir mettre fin à l’économie de rente, aux monopoles, et à la captation des ressources par une minorité. Des décisions emblématiques comme la fin des exonérations abusives, l’instauration d’un nouveau code des impôts, ou encore la renégociation de certains contrats pétroliers et gaziers, traduisent cette volonté de redonner à l’État sénégalais les leviers de son développement.
Sa posture critique vis-à-vis des institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale se double d’un appel à l’autofinancement et à la relance de la production nationale, notamment dans l’agriculture et les infrastructures.
Des défis à la hauteur des ambitions
Malgré une popularité intacte dans une frange importante de la jeunesse, Sonko doit composer avec des tensions sociales (hausse du coût de la vie, chômage), des critiques sur certaines de ses alliances régionales, et les exigences d’une transition politique exemplaire.
Mais pour ses partisans, le plus important est qu’il tient parole : la rupture annoncée devient réalité, et le Sénégal, tout en restant ouvert au monde, redéfinit ses priorités autour de la dignité, la justice et la souveraineté.
Conclusion : En liant diplomatie panafricaine, justice économique et responsabilité politique, Ousmane Sonko se positionne comme l’un des leaders les plus singuliers de l’Afrique actuelle. Il reste maintenant à transformer l’élan symbolique en résultats durables pour les citoyens sénégalais.
Birima Sow
