Les récentes révélations de Cheikh Bara Ndiaye dans la célèbre émission « Jeudi » sur Walfadjri agissent comme un révélateur. Derrière la solennité des visites de condoléances du président Bassirou Diomaye Faye auprès de la communauté mouride se dessinerait, selon le chroniqueur vedette, une stratégie de massification politique froide et sélective. Analyse d’une gestion des symboles qui commence à faire grincer des dents au cœur du mouridisme.
« Des manœuvres politiques déguisées en recueillement. » C’est en substance le tableau glaçant dépeint par Cheikh Bara Ndiaye lors de sa dernière sortie sur les antennes de Walfadjri.
Alors que la posture présidentielle exige équité et détachement des contingences partisanes, la chronologie et la géographie des récentes boussoles compassionnelles de l’actuel chef de l’État interrogent sur l’agenda réel du pouvoir en place.
Une compassion à géométrie variable : Le cas Darou Khoudouss
Le premier accroc à cette posture de « père de la nation » réside dans le traitement différencié des deuils qui ont frappé la ville sainte de Touba. L’opinion publique a constaté avec étonnement l’absence du chef de l’État auprès de la famille de Serigne Moustapha Mbacké suite au rappel à Dieu de Serigne Amadou Mahtar Mbacké, le regretté Khalif de Darou Khoudouss.
Pourtant, ce dernier fut le premier à tirer sa révérence. Ce manque de diligence tranche radicalement avec le déploiement observé lors du décès de Serigne Cheikh Mbacké, Khalif de Serigne Saliou, où la visite de condoléances auprès du Khalif général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, a été orchestrée avec un soin tout particulier. Pourquoi une telle asymétrie dans l’hommage national ? Pour les observateurs avertis, la réponse est purement électorale : la recherche d’une caution politique maximale auprès du sommet de la hiérarchie, quitte à froisser des sensibilités périphériques mais ô combien historiques.
Le syndrome de la mémoire courte : L’oubli de Madina
Plus troublant encore est l’épisode lié à l’oubli total de Serigne Ibra Niamar, petit frère de Serigne Cheikh Bambaly (Khalif de Serigne Mbacké Madina). Pour beaucoup, ce dernier incarnait le guide spirituel et le soutien de la première heure de l’actuel président de la République lorsque celui-ci traversait le désert de l’opposition.
Voir le pouvoir tourner le dos, ou du moins feindre l’indifférence envers une famille religieuse qui lui a servi de bouclier moral dans les moments sombres de sa conquête du pouvoir est un signal politique dévastateur. Au Sénégal, la loyauté envers les foyers religieux est une vertu cardinale ; l’ignorer relève soit de la faute politique, soit d’un cynisme pragmatique lié aux nouvelles urgences du palais.
Touba transformée en quartier général politique
L’autre révélation qui fragilise le discours de rupture du régime réside dans l’utilisation du temps présidentiel lors de ce déplacement. Consacrer une audience fleuve de quatre heures d’horloge à des responsables politiques de sa propre mouvance ainsi qu’à des transhumants venus négocier leur survie politique dans la ville sainte achève de lever le voile sur les motivations réelles de cette visite.
Le cadre sacré de Touba a-t-il été instrumentalisé pour servir de base de massification et de recyclage politique ? La question mérite d’être posée, tant le contraste est saisissant entre le recueillement annoncé et le ballet des politiciens professionnels observé en coulisses.
L’heure du rachat : L’étape manquée de Dakar
Le pouvoir a aujourd’hui l’occasion de rectifier le tir et de prouver que ces accusations d’opportunisme ne sont que de mauvaises interprétations. Serigne Cheikh Bambaly se trouve actuellement à Dakar dans le cadre d’une activité religieuse annuelle organisée en face du magasin Orca.
Une visite officielle, ou du moins une démarche de rattrapage symbolique auprès de ce guide, permettrait d’apaiser les tensions et de redessiner les contours d’une diplomatie religieuse équitable. Reste à savoir si les stratèges du palais de l’Avenue Roume sauront saisir cette perche pour corriger une trajectoire qui, pour l’instant, donne raison aux critiques les plus acerbes de Cheikh Bara Ndiaye.
Pour le cas de Darou Khoudouss, le président s’est ressaisi en ayant passé un appel au Khalif pour lui annoncer une visite officielle qu’il souhaiterait faire le Dimanche auprès de lui selon des sources sûres du journal le verdict.
