Dans une société où un simple soupçon suffit désormais à crucifier un homme, où les réseaux sociaux remplacent les tribunaux et où la rumeur se hisse au rang de vérité absolue, une question brûle les lèvres : que reste-t-il de la présomption d’innocence ?
Cette affaire impliquant Serigne Assane Mbacké, chef religieux respecté, en est un inquiétant miroir.
Depuis plusieurs jours, son nom est jeté en pâture, étalé sur la place publique, transformé en slogan d’accusation. Pourtant, au cœur de l’orage médiatique, une réalité essentielle semble avoir été effacée : la justice n’a pas encore établi sa culpabilité. Et le doute, lui, persiste — profond, légitime, incontournable.
Un homme, une réputation, et une accusation qui interroge
Serigne Assane Mbacké n’est pas un inconnu. Marabout, guide religieux, prédicateur connu dans plusieurs foyers sénégalais, il a consacré son temps et son image à la transmission de valeurs spirituelles.
En quelques jours, sa vie a basculé sur la base d’accusations qui, malgré leur gravité, demeurent traversées de contradictions, de revirements et de zones d’ombre qu’il serait irresponsable d’ignorer.
Au cœur du dossier se trouve un mineur qui a, à plusieurs reprises, changé de version, modifié ses déclarations, démenti certains éléments avant de les réintroduire différemment.
Comment expliquer qu’un témoignage aussi fluctuant soit traité comme vérité absolue, sans précaution, sans recul, sans prudence ?
Justice ou lynchage public ?
Il est devenu bien trop facile, dans notre époque d’indignations instantanées, de condamner avant de juger.
Le tribunal populaire des réseaux sociaux a déjà rendu son verdict.
Mais la justice, la vraie, celle des faits et du droit, ne peut se laisser contaminer par l’émotion, la colère ou le sensationnel.
Le doute existe. Il est réel. Il est documenté.
Dans tout État de droit, ce doute doit profiter à l’accusé — jusqu’à preuve irréfutable du contraire.
Accuser un religieux d’une telle abomination sans preuves incontestables, c’est plus qu’une atteinte à son honneur ; c’est une attaque contre un symbole et un risque de fragiliser gravement la confiance envers nos institutions judiciaires.
Ne brûlons pas un homme avant le verdict
Personne ne nie la gravité des accusations. Personne ne minimise la souffrance potentielle d’un mineur, si les faits étaient avérés.
Mais protéger les victimes n’a jamais signifié sacrifier les droits fondamentaux des accusés.
L’un ne doit jamais annuler l’autre.
Ce dossier exige une justice sereine, impartiale, prudente.
Il exige également que l’opinion publique retrouve de la mesure, que les médias cessent de transformer une instruction en feuilleton sensationnaliste, et que la justice soit rendue avec équité — loin des pressions et des passions.
Le 2 décembre dira le droit. D’ici là, respectons le principe fondamental : la présomption d’innocence
À l’heure où ce dossier est mis en délibéré, une seule attitude honore notre justice :
attendre, écouter, analyser, et laisser le droit parler.
Avant d’étiqueter, de condamner ou de détruire, rappelons-nous que l’histoire a déjà connu trop d’innocents brisés par des accusations hâtives.
Si demain la justice blanchit Serigne Assane Mbacké, qui réparera ce que la diffamation publique aura détruit ?
Le Sénégal mérite mieux qu’une justice sous influence.
Il mérite une justice qui protège les faibles… sans piétiner les droits des autres.
La Rédaction de Sénégal Info
