Pape Sagna Mbaye : «En tant que ministre, je n’ai pas le pouvoir d’attribuer ou de refuser une demande de licence de pêche…»

Ministre de la Pêche et de l’économie maritime, Pape Sagna Mbaye rejette les accusations selon lesquelles des licences de pêche ont été attribuées à neuf (9) bateaux industriels. Les dossiers, dit-il, sont examinés par la Commission d’attribution des licences de pêche qui donne un avis favorable ou défavorable. 

Monsieur le ministre, on annonce l’attribution de licences de pêche à neuf (9) bateaux industriels. Qu’en est-il exactement ?

La rumeur ou l’information qui a été titrée à travers la presse (hier) relate d’un fait pareil. Mais, il n’en est rien. On ne peut pas interdire à un homme d’affaires sénégalais ou à un Sénégalais tout court, le fait d’entreprendre. Il y en a qui entreprennent dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et autres. Ceux qui entreprennent dans le domaine de la pêche industrielle déposent une demande d’attribution de licence au ministère de la Pêche et de l’économie maritime. Ces demandes, qui sont déposées au niveau de la Direction de la pêche maritime, sont sélectionnées et traitées par le Directeur de la pêche maritime. Et, une fois que le dossier est traité, le Directeur de la pêche décide d’une période pour réunir la Commission d’attribution des licences de pêche qui est composée d’une douzaine de personnalités issues la présidence de la République, de la Primature, du ministère des Forces armées, du ministère des Finances, du ministère de l’Intérieur, de la Marine à travers la Direction de protection et de surveillance des pêches, du Directeur des services juridiques, du Directeur des pêches maritimes, du Directeur des industries de transformations de la pêche, des deux représentants de la pêche artisanale, des deux représentants de la pêche industrielle et du Directeur du centre de recherche océanographique de Thiaroye. C’est ça la procédure. Donc, le passage au niveau de la Commission est obligatoire pour l’obtention ou le refus d’une demande de licence de pêche. En tant que ministre, je n’ai pas le pouvoir d’attribuer ou de refuser une demande de licence de pêche sans que celle-ci ne soit examinée par la Commission. Aucune loi ne me confère ce pouvoir. Mais, ce matin (hier), en partant à mon bureau, j’ai entendu dire dans une radio de la place que j’ai déjà signé des licences, alors que la Commission ne s’était pas encore réunie. C’est après qu’elle s’est réunie et a donné un avis défavorable à tous les dossiers qui lui ont été soumis. Maintenant, j’ai le droit de pouvoir répondre aux Sénégalais qui avaient initié ces demandes par un non motivé. Parce que ça sera non pour tous ces dossiers. Et, avec ce non motivé, je suis à l’abri d’un recours pour excès de pouvoir au cas où la personne à qui, on a signifié un non, ne serait pas contente de la décision. 

Donc, les demandes d’attribution de licences de pêche en question concernent des Sénégalais ? 

Oui. Tous ces dossiers concernent des Sénégalais parce qu’on ne peut pas être dans la pêche industrielle si la société n’est pas à 51% sénégalaise. L’actionnariat doit être à 51% Sénégalais. Ce sont les textes qui le disent. 

Comment se fait la sélection des dossiers de demande de licences de pêche ?

Tout dossier déposé est soumis à la commission. Il n’y a pas de sélection au départ. Les agents du ministère ne sont pas habilités à faire cette sélection. 

Mais les acteurs de la pêche artisanale vous soupçonnent de vouloir attribuer ces licences-là, contrairement à votre prédécesseur ? 

Est-ce que ce sont les mêmes licences qui ont été demandées ? Je ne sais pas ce que mon prédécesseur a refusé. Moi, je ne peux parler que de ce que j’ai reçu pendant que je suis là et qui a été traité en commission. S’il l’avait refusé et que la commission dit encore que c’est défavorable, mais ça sera toujours refusé. 

Quelle est la situation actuelle des licences de pêche au Sénégal ? Y a-t-il des bateaux étrangers qui en disposent ? 

Non. Il n’y a pas d’étranger qui ait obtenu une licence de pêche dans ce pays. A part un chalutier Cap-verdien, toutes les autres licences ont été délivrées à des sociétés qui sont, au moins à 51% d’actionnariat sénégalais, conformément à la loi et au règlement.

Ces mêmes acteurs de la pêche artisanale parlent de la rareté des ressources halieutiques au Sénégal. Êtes-vous de cet avis

Cette question est plus ou moins relative. Parce que, jusqu’à présent, tout Sénégalais qui veut manger son riz au poisson, a son poisson. Le véritable problème qui se pose, c’est parce que nous avons une croissance démographique. Le Sénégalais en âge de s’alimenter consomme 30 kg de poisson par an où nous sommes entre 10 et 11 kg en Mauritanie, et peut-être moins encore dans un autre pays. Les habitudes culinaires du Sénégalais, c’est d’avoir son poisson au moins une fois par jour. Deuxièmement, au niveau de la pêche artisanale, j’ai trouvé 25.000 pirogues qui ont leur permis pour pêcher. Et, il y a, à peu près, un million de personnes qui travaillent ou se nourrissent des fruits de la pêche. Parce que la pêche ne s’arrête pas seulement à ces pirogues qui viennent. Il y a la transformation qui est derrière, il y a l’exploitation. Dans la transformation, il y a le séchage, l’enfumage, etc. Donc, il y a beaucoup d’activités par rapport au secteur de la pêche qui est extrêmement important. Cette rareté des ressources, effectivement, il y a une dizaine d’années, il y avait, peut-être, 7000 pirogues qui allaient en mer. Aujourd’hui, c’est 25 000 qui ont le permis, plus 4000 et quelques qui sont en demande de permis. Et, ces permis, pour éviter la surpêche, ont été gelés depuis 2016. Et, pourtant, il y a des acteurs de la pêche artisanale qui ont leur pirogue et qui vont en mer parce que c’est leur gagne-pain. C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de revoir le fichier de la base de données où nous sommes à 16 000 et quelques, aujourd’hui, régulièrement recensées, pour essayer de voir si ces 4000 là ne vont pas être intégrées. Parce que, pour bénéficier du million de francs que le président de la République accorde à la pêche artisanale pour subventionner le moteur, il faut avoir le permis. Si vous avez le permis, vous avez accès à cette subvention. Dans la mesure où ce sont tous des Sénégalais à égale dignité, je pense qu’on a revu la base de données pour essayer de voir les voies et moyens pour régulariser ces demandes en souffrance au ministère. 

Que dites-vous donc des constats selon lesquels la vague d’émigration clandestine actuelle serait liée à la rareté des ressources halieutiques qui retenaient bon nombre de jeunes pêcheurs au Sénégal? 

La pratique a montré que certes la pêche artisanale participe à cette émigration clandestine. Parce que tous ces capitaines de navires, de pirogues sont de la pêche artisanale. Mais, les gens qui embarquent généralement viennent de Touba, de Diourbel, de Goudiry, du Fouta, entre autres, surtout des zones qui n’ont pas de bordure maritime, et ils ne savent même pas nager. Donc, ce n’est pas du tout la rareté du poisson qui explique qu’un originaire ou un instituteur, parce qu’il y a des instituteurs qui ont un emploi, tente l’émigration clandestine. Donc, le mobile ne peut pas être attribué à la pêche artisanale ou à la rareté de la ressource. Parce que les éléments de la pêche artisanale ne sont pas les seuls qui candidatent à l’émigration. C’est un phénomène social qui est là. L’analyse doit être beaucoup plus profonde, la prise en charge beaucoup plus élargie.

L’observateur

SOPHIE BARRO

La rédaction de Sénégal Info

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